IX

À leur retour à la Pointe-aux-Mouettes, Hurstall vint parler à Mary dans le vestibule.

— Mademoiselle, lui dit-il, voudriez-vous monter tout de suite chez Madame ? Elle est très contrariée et elle a demandé à vous voir dès que vous seriez rentrée.

Mary trouva lady Tressilian très pâle et très déprimée.

— Ma chère Mary, dit la vieille dame, je suis bien contente de te voir. Je suis très abattue : le pauvre Mr. Treves est mort.

— Mort ?

— Oui. N’est-ce pas terrible ?… Et si brutal !… Il semble qu’hier soir il ne s’est même pas déshabillé et qu’il a perdu connaissance en rentrant dans son appartement…

— C’est horrible !

— Il était fragile, il avait le cœur malade, je le sais, mais ce n’en est pas moins effrayant !… J’espère que, pendant qu’il était ici, il ne s’est rien passé qui fût susceptible de provoquer une crise… À table, on n’a rien servi d’indigeste ?

— Il ne me semble pas… Je suis même sûre du contraire. Il avait l’air en parfaite santé et il était d’une humeur charmante.

— Je suis consternée !… Il faudrait ma chérie, aller au Balmoral. Tu auras des détails par Mrs. Rogers et tu lui demanderas si nous pouvons faire quelque chose, notamment pour les obsèques. Je veux que nous fassions tout ce que nous pourrons. C’est si triste de mourir à l’hôtel !

La vieille dame était bouleversée.

— Ma chère Camilla, dit Mary d’une voix sans réplique, il ne faut pas vous tracasser comme ça !… Cette nouvelle vous a donné un coup !

— Tu peux le dire !

— Je vais aller au Balmoral et, à mon retour, je vous mettrai au courant.

— Merci, ma chère, ma précieuse Mary…

— En attendant, essayez de vous reposer ! De pareilles émotions ne vous valent rien !

Revenue au salon, Mary annonça le triste événement.

— Notre vieil ami Mr. Treves est mort, hier soir, en rentrant chez lui !

— Pauvre vieux ! fit Nevile. De quoi est-il mort ?

— Le cœur probablement…

Thomas Royde hocha la tête et dit :

— L’escalier y est peut-être pour quelque chose…

— L’escalier ? fit Mary.

— Quand nous l’avons quitté, Latimer et moi, expliqua-t-il, il commençait l’ascension des étages. Nous lui avons même recommandé de prendre son temps…

— Mais pourquoi ne prenait-il pas l’ascenseur ?

— Il était en dérangement.

— Quelle malchance !

Thomas Royde tint à accompagner Mary au Balmoral.

— Je me demande, dit-elle en chemin, s’il avait des parents que nous devrions prévenir…

— Il ne nous a parlé d’aucun…

— En effet, je ne l’ai entendu dire ni « mon neveu », ni « mon cousin »…

— Était-il marié ?

— J’en doute…

Au Balmoral, Mrs Rogers était en grande conversation avec un monsieur d’un certain âge, qui tendit la main à Miss Aldin. C’était le Dr Lazenby.

Les présentations faites et Mary ayant précisé l’objet de sa visite, on passa dans la salle à manger de Mrs. Rogers, une pièce pas très grande, mais d’aspect confortable et sympathique…

Le Dr Lazenby se tourna vers Mary.

— Mr. Treves a bien dîné chez vous hier soir, n’est-ce pas ?

— Oui.

— Comment était-il ? Avait-il l’air souffrant ?

— Du tout ! Il était plein d’entrain et paraissait très bien.

Le médecin hocha la tête.

— C’est l’ennui, remarqua-t-il, avec ces maladies de cœur. Presque toujours la fin vient d’un seul coup. J’ai examiné tout à l’heure ses ordonnances et elles ne laissent aucun doute : sa santé était évidemment très menacée. Je vais me mettre en rapport avec son médecin de Londres…

— Il faisait très attention à lui, déclara Mrs. Rogers. Et je vous assure qu’il était bien soigné !

— J’en suis persuadé, dit poliment Lazenby. Il aura fait quelque effort que son cœur ne pouvait supporter.

— Comme, par exemple, monter l’escalier, suggéra Mary.

— Cela pouvait suffire… Je suis même convaincu que cela aurait suffi… s’il avait eu à grimper trois étages !… Mais je suis bien sûr qu’il ne l’a pas fait !

— Certainement pas ! fit Mrs. Rogers. Il prenait l’ascenseur… Toujours !… C’était chez lui une règle absolue.

— Mais, hier soir, comme l’ascenseur était en panne…

Mrs. Rogers regarda Mary d’un air étonné.

— L’ascenseur fonctionnait hier soir comme d’habitude, dit-elle.

Thomas Royde toussota.

— Je m’excuse de vous contredire, fit-il. Mais je suis entré dans le hall hier soir avec Mr. Treves et, sur la porte de l’ascenseur, une pancarte indiquait qu’il était en dérangement.

Mrs. Rogers fut manifestement stupéfaite.

— Ça alors, s’écria-t-elle, c’est fantastique ! J’aurais juré que l’ascenseur n’a pas cessé de fonctionner… et en fait, j’en suis sûre !… Tout de même, je l’aurais su !… Nous n’avons pas eu d’ennuis de ce côté-là depuis au moins dix-huit mois !

Elle toucha de la main le bois de sa chaise et ajouta :

— C’est un appareil qui ne tombe jamais en panne !

— Il est possible, dit Lazenby, que le portier ou un domestique ait mis la pancarte avant de quitter son service…

— Mais, docteur, c’est un ascenseur automatique ! Les garçons n’ont pas à s’en occuper !

— Je l’avais oublié…

— Je vais quand même demander à Joë…

Mrs. Rogers quitta la pièce précipitamment et on l’entendit, donnant de la voix dans le hall.

Cependant, le Dr Lazenby se tournait vers Thomas Royde.

— Vous êtes bien sûr, monsieur Royde, de ce que vous avancez ?

— Absolument sûr !

Mrs. Rogers revint, escortée du portier. Joë proclama d’un ton emphatique que l’ascenseur avait parfaitement fonctionné durant toute la nuit. Il existait bien une pancarte comme celle dont on parlait, mais elle restait toujours sur le bureau et on ne s’en était pas servi depuis plus d’un an.

Ils s’entre-regardèrent et convinrent qu’il y avait là un mystère dont la solution leur échappait. Le Dr Lazenby émit sans trop de conviction l’hypothèse qu’il pouvait s’agir d’une farce faite par quelque pensionnaire de l’hôtel et, faute d’une idée meilleure, ils s’en tinrent à celle-là.

Répondant aux questions de Mary Aldin, Lazenby déclara que le chauffeur de Mr. Treves lui avait donné l’adresse des notaires qui s’occupaient des intérêts du défunt, qu’il allait entrer en relation avec eux et que, dès qu’il saurait à quoi s’en tenir à propos des obsèques, il rendrait visite à lady Tressilian. Puis, se souvenant qu’il était pressé, il se retira.

Peu après, Mary et Thomas reprenaient à pas lents le chemin de la Pointe-aux-Mouettes.

— Vous êtes sûr, Thomas, d’avoir vu cette pancarte ? demanda Mary.

— Sûr !… Et Latimer l’a vue comme moi !

— C’est vraiment, conclut Mary, une chose extraordinaire !

 

L'heure zéro
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